Ela Minus a tout d’une grande

On l’avait découverte au dernier festival Pitchfork et surtout avec son titre crescendo They told us it was hard, but they were wrong, annonçant une techno-pop chaleureuse à la rythmique pointue. Son album Acts of Rebellion vient enfin de sortir sur le label Domino et, très sincèrement, nous enjaille au-delà de nos espérances. Par ses temps cocooning sentant le renfermé, Ela Minus est la première artiste qui fait à nouveau vibrer l’électro dans nos antres molles, dévoilant puissance, féminité et appel au minimalisme pour une vie plus authentique: une « musique lumineuse pour temps obscurs ».

Impossible de ne pas décoller en approchant la 4e minute:


They told us it was hard, but they were wrong

Une dingue de machines

Pour ceux qui trouve que « minus » n’est pas le meilleur pseudo artistique trouvé, il faudra vous référer au minimalisme, concept que Gabri-ela porte à coeur depuis longtemps. Ela a d’ailleurs tout d’une grande. A 8 ans, la colombienne prend des leçons de batterie, instrument choisi pour sa rareté à être joué par des filles. Ado, elle est membre d’un groupe hardcore emo à Bogota. Mais deux découvertes vont faire chavirer sa perception de la musique : Kraftwerk et Radiohead. Complètement fan des recherches électroniques de Thom Yorke, elle décide d’apprendre à coder et décroche une bourse universitaire pour Berklee à New York. Au fur et à mesure de ses expériences, elle délaisse l’ordinateur et s’oriente de plus en plus vers les circuits et machines, des étincelles plein les mirettes.

If you have to go to the bottom of a hole to find what’s wrong just let it go Everyone told us it’s hard, but they were wrong When you love, you love it all and nothing is impossible.🎶

Lassée de voir trop de « laptops » sur les scènes électroniques, la one-woman-band décide d’écrire, produire et jouer ses gigs sur un arsenal de samplers, synthétiseurs et autres keyboards. N19 5NF, premier morceau de l’album, introduit une ambiance industrielle aux relents de synth-punk. Turbines pré-chauffées, la machine est lancée. Elle y ajoute dès le deuxième track une voix qui susurre, chaleur envoutante des cordes vocales contre incisives scandées, sans jamais lever le ton. Nonobstant le mélange anglais-espagnol, Ela ne mâche pas ses mots:


El cielo no es de nadie

Le punk par petites doses

C’est un premier album assez complexe: riche, dansant, … il porte également un message, presque urgent. Hashtag pépite. Acts of Rebellion est un manifeste tranquille, un appel à vivre présent, vrai et simple. Sortir sans son portable, savoir dire non, arrêter de courir pour observer son environnement, ne rien acheter de superflu ou inutile, ce sont ces petites actions de chaque jour qui vont au final changer la donne, sans violence nécessaire et pourtant d’un impact indubitable. D’ailleurs pour Ela Minus, la connotation punk n’est pas forcément extrémiste. Etre punk, c’est juste affirmer son moi, son désaccord.

Us against them. No reason to stay quiet. You won’t make us stop. You don’t want to understand. You are chosing to lead us apart. 🎶

Megapunk

Let them have internet

Ela dédie ce titre au théoricen Douglas Rushkoff, qui a écrit de nombreux essais sur le web et ses effets sur la société, et expose dans son premier podcast Team Human, l’idée suivante: les entreprises se sont emparées des Internets, profanant la liberté qu’offraient ceux-ci pour y poser leurs publicités et voler de nombreuses données; mais plus le monde devient capitaliste en ligne, plus nous devenons libres dans la vraie vie. Il suffit d’éteindre son portable pour que l’on ne vous vende plus rien. Les embrassades, les retrouvailles, les débats entre amis, les petites conspirations, tout cela se déroule hors ligne. Fuck it! Let them have internet, et vivons pleinement en dehors de la toile.

Ela Minus réussit ici un coup de maître : celui de nous faire sentir vivants et festifs, même seuls et enfermés ! Il nous tarde tout de même de danser sur un de ses lives qui s’annoncent bien péchus, elle est programmée le 19/02/2021 à La Boule Noire, mais peut-on encore y croire ?